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LAUT interview 2001

En discutant des meilleurs guitaristes rock, vous tomberez tôt ou tard sur John Frusciante. Les deux albums des Red Hot Chili Peppers les plus couronnés de succès sont dus à son habileté. Il y a quelques jours, le troisième album solo de Frusciante sortait.Raison suffisante pour LAUT de rencontrer le guitariste des Peppers à L'Hambourg hotel pour une interview. Dans un entretien détendu, Frusciante nous parle de sa création musicale avec et sans ses collègues du groupe, l'importance de la musique électronique, son opinion sur Eminem et Marilyn Manson, ainsi que sur certains groupes allemands à peine connus, même des allemands marginaux. Le soir précédent l'interview, Frusciante a donné un concert au Prinzenbar.

LAUT :John, vous avez déjà donné trois concerts en Europe. Qu'est-ce que ça fait d'être sur scène sans les Chili Peppers ?

John : Quand je suis seul sur scène, c'est totalement différent comparé aux concerts des Chili Peppers. J'aime jouer mes chansons à la guitare. Quand je compose une nouvelle chanson, je ne la joue pas qu'à mes amis du groupe. Tous mes amis seront amenés à l'écouter, peu importe où je me trouve. Ca peut être chez moi ou dans un bus de tournée, simplement partout. Et ils aiment tous mes chansons.

Quand je fais une tournée en solo, je pense à cette façon de jouer. Ca ne peut pas être comparé à la sensation de monter sur scène avec les Chili Peppers. Avec eux, une énorme énergie monte, qui aboutit au fait que nous soyons ensemble. Personne ne se sent responsable pour un autre, c'est simplement nous quatre en train de jouer. Mais quand je joue mes propres chansons aux gens, je ressens une énergie que j'ai moi-même initié avec ma propre vie.

LAUT : Pourquoi fais tu si peux de concerts solos ? D'après ce que nous avons entendu, les Chili Peppers t'attendent déjà en studio ?

John : Et bien, c'est vrai. Je dois être revenu à un certain moment donné car les Chili Peppers ont un concert de prévu à LA et nous allons commencer à enregistrer notre prochain album.

LAUT : Alors tu aimerais jouer d'autres concerts.

John : Certainement. J'ai vraiment apprécié de faire les deux derniers concerts et je ne plus attendre d'être au prochain. Il y a encore un concert à Paris et un à Amsterdam. En mars, c'est New York car les Chili Peppers ont également des choses à faire là-bas et ensuite ce sera LA. En fait, j'aimerai beaucoup jouer plus de concerts mais à la fois, je suis impatient de pouvoir travailler davantage sur le prochain album des Chili Peppers.

LAUT : Pour toi, qu'est-ce que cela signifie de pouvoir faire de la musique avec tes potes ?

John : La période durant laquelle je travaillais sur de nouvelles chansons pour le groupe, chaque jour était le meilleur moment de ma vie. Ma seule raison d'être ici, c'est de me réveiller le matin, d'écouter de la musique et de jouer avec ma guitare sur les chansons par lesquelles je veux être influencé. Lorsque j'ai des idées, je saisis le magnéto enregistreur. C'est ce qui me rend heureux. Je crois que les deux plus beaux moments de ma vie furent les sessions d'enregistrement de " Blood sugar sex magic " et " Californication ". C'est pour ça que je suis vraiment impatient d'enregistrer à nouveau.

LAUT : Est-ce que ça compte pour toi que tes amis aiment ta musique ?

John : Oh, ouais. Mes amis l'aiment.

LAUT : Les membres de ton groupe aussi ?

John : Je ne suis pas sûr pour Chad, je ne lui ai jamais rien donné de ce que je fais. Mais Flea et Anthony aiment l'un et l'autre ma musique. (Il réfléchit un instant)Et bien, tu sais, quand cet album est sorti, j'avais déjà enregistré deux cds qui n'ont pas été publiés, et je ne parle pas de ces deux vieux albums (cf : " Niandra lades and usually jsut a t-shirt " et " Smile from the streets you hold ").

Ces disques ont été enregistrés en 1999 durant toute l'année avant que je ne commence à composer les chansons de mon nouvel album. Je les ai distribué à mes amis. Maintenant, je veux sortir ce vieux matériel, chanson par chanson en faces b, comme les quatre titres bonus sur mon nouveau single " Going inside ". Alors petit à petit, je vais propager ce vieux matériel, parce qu'il est bon. (rires)

LAUT : Maintenant, retournons à ton nouvel album : les instrumentaux " Ramparts " et " Murderers " ont tout particulièrement une atmosphère qui me rappelle ta façon de jouer de la guitare sur " Californication ". Par quel critère décides tu que par exemple, cette chanson sera une chanson pour les Chili Peppers ?

John : J'ai enregistré mon nouvel album durant la tournée " Californication ". A mon exception près, personne n'a envie d'enregistrer des chansons pendant la tournée. " Ramparts " et " Murderers " ont été écrites en mars 2000, et si j'avais voulu réserver une chanson pour les Chili peppers, je serai toujours en train d'attendre aujourd'hui.

Cependant, il y a une chanson que j'ai faite pour les Peppers sur ma boîte à rythme. Pour une raison ou une autre, j'ai eu l'idée de plans de guitare dans le style surf music anglaise à la Ventures ou à la Shadows sur la base de mesures technos. Anthony a aimé un de mes enregistrements et a voulu en faire une chanson. Je lui ai dit 'ok, si tu penses que tu peux chanter dessus, alors je ne la sortirai pas'.

LAUT : Alors il n'y a pas de conflits musicaux ?

John : Non, non. Anthony et Flea me soutiennent autant qu'ils le peuvent. Si je leur avais dit que je voulais promouvoir mon travail solo pendant les cinq prochains mois, ils m'auraient dit " Ok, fais le aussi longtemps que ça te rendra heureux ". Mais, bien sûr, ils sont contents que je ne le fasse pas.

LAUT :Concernant l'instrumentation de l'album, il a été dit que tu t'étais principalement inspiré de New order et Depeche mode.Est-ce que ces groupes sont tes préférés de la même façon que Syd Barrett, David Bowie et Jimi Hendrix ?

John : Ouais, c'est la même chose pour moi. Je crois qu'à chaque époque il y a les mêmes énergies qui rendent possible de créer de la bonne musique. Mais tout ça est une question d'être impartial dans un sens qui te permette de voir que ces énergies prennent des formes différentes dans chaque intervalle de temps. Pour moi, ces énergies qui ont autrefois permis à Jimi Hendrix de créer de nouveaux sons, sont les mêmes énergies qui ont atteint Depeche Mode quand ils ont enregistré " Violator ", un album qui sonne comme aucun autre album de rock auparavant. En fait, vous savez, il y a un moment de ma vie lorsque j'étais un petit enfant ou je pensais que la musique était meilleure dans les années 60. Mais ce n'est plus ma façon de voir les choses. Plus je m'ouvre à différentes variétés de musique électronique des vingt dernières années, plus je réalise qu'une partie de cette musique est au moins aussi excitante que la musique de l'époque.

LAUT : Pendant ton concert la nuit dernière, tu as mentionné que le guitariste Michael Rother était une inspiration pour toi. Qu'est que la musique allemande signifie pour toi ?

John : Oh, et bien, la musique allemande ainsi que certaine autres choses, seront très présents en tant que nouvel élément sur le prochain album des Peppers. Nous aimons tous Neu ! et Can, Harmonia et Cluster. E c'est vrai, Kraftwerk est définitivement un des favoris de Flea et moi-même. Mais avant tout, nous aimons tous Neu ! dans lequel Michael Rother joue de la guitare. Ca trouvera son chemin dans le mix car chaque chose que tu écoutes t'influence. Les rythmes et structures du dub et de la musique techno vont également jouer un rôle important sur le prochain album. Bien sûr ça va sonner comme ce que nous avons l'habitude de créer à nous quatre. Cependant, je pense que nous sommes capables de créer avec nos instruments un son multi-couches similaire à ce que l'on peut entendre dans certains morceaux électroniques. Quand on enregistrait " Californication ", on écoutait beaucoup de Tricky, Portishead et Bjork et on a essayé de créer une atmosphère originale. Mais le prochain album sera influencé par davantage que du trip hop

LAUT : Après la période difficile que tu as dû endurer, il nous semble presque incroyable que vous ayez pu atteindre un énorme succès comme " Californication ". Te sens-tu privilégié ?

John : Oui, beaucoup. Arriver à se détacher des choses desquelles j'ai réussi à m'échapper est un acte pour lequel je ne peux pas endosser la responsabilité. Des pouvoirs là bas dans l'univers doivent vraiment m'aimer. Je sais que beaucoup de pouvoirs invisibles combattent pour moi. Tout ce que je peux faire c'est les remercier chaque jour en faisant la meilleur musique que je puisse faire.

LAUT : Peut être sais-tu qu'Eminem et Marilyn Manson sont à Hambourg en ce moment. As-tu rencontré l'un d'entre eux ?

John : (Hésitant) Et bien jusqu'à présent je n'ai pas rencontré Eminem mais j'ai rencontré Marilyn Manson. J'ai toujours ressenti une forte antipathie pour lui depuis qu'il a écrit de mauvaises choses sur The Smiths dans son livre. C'est pour ça que je ne l'aime pas, parce que j'aime les Smiths. Mais, vous savez, certains de mes bons amis sont également amis avec lui alors peu importe. Je n'ai rien contre lui, j'essaye simplement d'être amical avec lui depuis que je lui ai pété au visage pendant une interview (rires). C'était il y a des années., je suppose qu'il écrivait sûrement pour un fanzine en Floride et il disait qu'il m'avait interviewé ainsi qu'Anthony et Flea pour son magazine. Je devais avoir 18 ans à cette époque, je ne m'en souviens pas, mais à un certain moment j'ai dû lui pété au visage (tout le monde rit). Plus tard, il m'a dit qu'il faisait désormais la même chose avec les interviewers.(rires).

LAUT : En parlant de Manson, penses-tu que les artistes en général peuvent être tenus pour responsables de glorifier la violence ?

John : Non, car pour moi, l'art a toujours un rapport avec les opposés. Une chanson triste peut faire sourire. C'est comme le punk rock qui aux alentours de 1980 semblait glorifier la violence pour certaines personnes. Le punk rock est exactement ce qui m'a aidé à l'époque. Je pouvais laisser libre court à mes sentiments en écoutant cette musique. Si je n'avais pas eu le punk rock, j'aurais certainement atteint un point qui m'aurait amené a tuer des gens. Quand une personne tue une autre personne c'est le destin et je ne pense pas qu'aucune sorte de musique puisse influencer quelqu'un à faire ça. Il doit y avoir des énergies supérieures engagées qui ne peuvent être arrêtées. Quand bien même la musique aurait le pouvoir d'équilibre ces énergies, pour moi la musique n'a pas d'autres buts que de rassembler les gens. Et des gens comme Eminem…vous savez, pendant un temps la fille de Flea était folle d'Eminem jusqu'à ce qu'elle dise un jour que c'était un gars méchant. Je ne m'y suis pas opposé quand elle l'aimait bien, je lui ai même acheté son album, mais j'étais vraiment content quand elle a comprise par elle-même. Je ne veux pas qu'elle sorte avec des gars comme Eminem, je veux qu'elle rencontre un type formidable avec du charme et tout le reste..(rires). Si Eminem est son idée du type parfait, alors là, je ne comprend plus. (rires)

LAUT : Est-ce que tu as une opinion concernant " One hot minute " ?

John : Pour être honnête, je ne l'ai pas écouté du début à la fin. Je connais seulement les hits qui sont dessus.

LAUT : Est-ce que ça te fais du mal lorsque tu écoutes ces chansons ?

John : C'est étrange pour moi. C'est un peu comme si tu regardais ton ex-copine en train de coucher avec un autre homme. C'est désagréable car tu sais que tu devrais être là. Et les trucs que j'ai entendu ne me plaisent pas vraiment, pour moi ils sonnent déséquilibrés.



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