To Record Only Water for Ten Days Review









« To Record Only Water For Ten Days », le troisième album solo de John Frusciante sort le 13 février 2001, la veille de la Saint-Valentin. Mais ne vous y méprenez pas, il ne sŽagit pas ici dŽune ode aux amoureux transis mais plutôt dŽun hommage aux esprits bien intentionnés, témoins des aléas des multiples périples de lŽenfant prodige. De retour au sein des RHCP, au printemps 98, cŽest-à-dire six ans après son départ du groupe, le guitariste âgé de 31 ans, a entamé une lente reconstruction de sa personne. Laminé par lŽisolement, lŽabus de drogues en tout genre, hanté par ses hallucinations et les voix des esprits perfides, Frusciante porte toujours les douloureux stigmates de cet abîme sans fond dont il est ressorti avec grande peine. Ecrites durant la tournée Californication, les compositions de ce troisième opus font état de la lente renaissance de lŽartiste. « JŽai dû me purifier de lŽintérieur pour faire ce disque ». Le ton est donné. TROWFTD est une thérapie, automédication, glaive dŽun john « purifié » pourfendant les démons du passé et bien déterminé à suivre le chemin de croix dŽun musicien consciencieux, corps et âme dévoué à son art.

Si jusquŽà présent, la carrière de Frusciante demeurait atypique du fait de lŽétrangeté singulière de ses productions, les 15 nouvelles chansons qui composent le nouvel album ne font pas exception. Si le ralliement au label Warner pouvait nous laisser penser que John sŽadjoindrait les services dŽun véritable producteur, il nŽen est rien. Comme à son habitude et sans aucun doute à son désavantage, john est seul aux commandes de la production. Si le résultat se distingue très clairement des deux précédents, il reste décevant. Enregistré sur un 16 pistes digitales, Frusciante sŽaccompagne seul à la guitare acoustique/électrique aidé dŽune vulgaire boîte à rythme et dŽun synthétiseur Korg. Si sa voix est davantage maîtrisée, ne partant plus désormais dans dŽimpromptues envolées lyriques, les divers effets dŽéchos et de saturation viennent radicalement gâcher le plaisir dŽécoute. La production est froide voire glacée, réminiscence New Wave ouvertement inspirée par des groupes comme Depeche Mode ou Joy Division, lŽoriginalité et la fraîcheur en moins. Un contraste radical avec la qualité des compositions et le panel dŽémotions quŽelle recouvre, dévoilant tour à tour une infinie tristesse « saturation » ou un enthousiasme non dissimulé « moments have you ».

Frusciante innove et se découvre des talents de songwritter. Les chansons présentes sur lŽalbum ne sont plus de simples impros mais de véritables compositions travaillées. Les paroles, si elles demeurent énigmatiques (bons nombres sont inspirés ou dédiés aux esprits « someoneŽs... »), elles font néanmoins toute lŽoriginalité de lŽartiste. La structure des morceaux est davantage orientée vers la formule verse-chorus-verse, mais loin dŽen rendre le contenu ennuyeux, elle rend compte de la volonté de john de sŽastreindre à une discipline dŽécriture dont le résultat le plus probant est sans nul doute « The First season », véritable perle de mélancolie. LŽalbum recèle par ailleurs dŽautres joyaux. Entre autres, le single « going inside », « fallout », « with no one »...SŽil fallait illustrer le concept de lŽalbum (enregistrer des chansons aussi pures que lŽeau), « Ramparts » lŽun des deux instrumentaux présents sur TROWFTD, semble être la pièce la plus appropriée, chaque note de guitare ayant la même résonance quŽune goutte dŽeau. Pure. Magnifique.

SŽil on peut sŽadmettre déçu par « To Record Only Water For Ten Days » tant sa sonorité et sa production sont pauvres et inachevées, il nous permet néanmoins dŽassister à la naissance dŽun songwritter de talent et nous laisse admiratif quant à la capacité dŽécriture et de renouvellement de John Frusciante, dont lŽéclosion du génie ne semble en être quŽà son prémisse.







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